Rando ...


 

La question de base à se poser est : « Que recherchent les participants à une randonnée ? ».

 

De manière générale, on peut dire que la raison d’être de toute rando est d’assurer une rencontre entre les participants et la "nature". Il y a cependant mille modalités possibles de « rencontre » et sans doute autant de manières de définir la « nature ».

 

Une rencontre peut partir d’une confrontation. Ainsi l’alpiniste, conquérant de l'inutile, définit le cadre de sa rencontre avec la nature en se confrontant à l’une ou l’autre difficulté qu’elle engendre pour lui. C’est aussi ce que l’on va retrouver dans les sports dits « d’aventure », les images du festival Banff, etc. Cette confrontation peut impliquer à la base une forme de dissociation entre l’homme et la nature. Il faut que deux entités séparées préexistent pour que l’une - la nature - existe comme une difficulté à surmonter par l’autre - l’homme. Il est d’ailleurs très symptomatique que la logique de "conquête des sommets" n’existe comme telle que dans la culture occidentale qui porte par essence en elle la dissociation homme vs nature.

 

Le randonneur, le marcheur, peut choisir de parcourir l’espace naturel sans posture de conquête ou de confrontation. Le cheminement du randonneur est défini par le terrain, en fait par la nature elle-même. Sa posture alors est plus proche de l’animal et des peuples premiers, qui vivent de et avec le paysage et la nature. Il cheminera donc selon la nature et non pas face à la nature. Il visera naturellement le col - passage logique vers la vallée suivante - plutôt que le sommet - qui ne mène nulle part.

 

L’ a priori du randonneur est de se soumettre à la nature et au paysage et non de le conquérir. Cette différence essentielle pose alors autrement la relation au paysage. En bout de course, un randonneur aura réussi sa rencontre avec la nature, et donc sa randonnée, si il s’est glissé dans la nature "naturellement", sans se mettre en danger. En ce sens, dans la randonnée, la rencontre avec la nature sera, peut-être, plus fondamentale car plus soumise à ce qu’est, naturellement, la nature.

 

C'est du moins là la conviction des randonneurs ;-).

 


Wilderness ...


 

La rencontre avec la nature sera d’autant plus forte que cette nature est différente, surprenante, d'autant plus que la nature est « naturelle » au sens de la «Naturalité» du paysage.

 

Ainsi, le summum de la rando ne se trouvera pas dans les paysages les plus difficiles techniquement mais bien dans les paysages les plus sauvages, les moins anthropisés. Moins la nature est modifiée par l’homme contemporain, plus la rencontre en profondeur avec cette nature est dense, forte, fondamentale et juste par rapport à ce qu’est naturellement la nature. Ceci justifie la recherche de la naturalité du paysage.

 

Naturalité est la traduction française du terme anglais de Wilderness, qui est aussi plus couramment utilisé comme tel en français. Wikipédia en dit ceci : « La naturalité, dans son sens environnemental, renvoie au caractère sauvage d'un paysage ou d'un milieu naturel. Il s'agit d'une traduction, reconnue depuis les années 1960, du mot anglais wilderness. La définition de la naturalité peut être tirée du Wilderness Act qui introduit la notion dans les termes suivants : "est qualifié de wilderness un milieu naturel tel que « la terre et sa communauté de vie ne sont point entravés par l'homme, où l'homme lui-même n'est qu'un visiteur de passage". »

 

Il est évident que "rencontrer la wilderness" implique d’y être présent et donc, de ce fait, de la rendre moins sauvage. C’est une posture et un questionnement qui doit être une base de réflexion pour tous ceux qui amènent d’autres découvrir la nature ... en la dérangeant. En fait, conjointement à une recherche de naturalité, vécue comme une démarche, un mouvement, on peut aussi dire que la naturalité n'existe pas comme telle, ou à tout le moins qu'il ne nous est pas possible de la rencontrer.

 

Au delà, rencontrer les paysages, en Europe en particulier, c'est donc aussi rencontrer ceux qui y vivent et, souvent, les façonnent.  Ces hommes et femmes sont souvent parties intégrantes du paysage et, par là, nous ré-initient à un paysage qui n'est pas vécu par eux comme un décor, mais comme une relation, essentielle.

 

 


Sortir de la consommation ...


 

Une rencontre avec le paysage implique, forcément, de sortir du conditionnement consumériste. 

 

Il n’y aura pas de rencontre entre le paysage et le participant si l’accompagnateur, qui est le catalyseur de cette rencontre, est perçu comme un prestataire de service. De fait, la transaction se joue alors entre deux personnes, et non entre une personne et son environnement. La nature, le paysage, deviennent alors une toile de fond, le décor, l'objet vendu, le paysage devient objet accessoire et non relation essentielle. 

 

Eviter l’enfermement de la rando dans la relation prestataire de services payé – consommateur payant implique que la relation aux coûts et aux prix soit saine. Il faut que le calcul des coûts soit fait sur une base objectivée, sans investissements dans le marketing, sans recherche de bénéfices.  Pour chaque voyage, un calcul du coût est réalisé sur une base la plus objectivée possible, c'est ce calcul qui défini le prix, et non l'offre.

 

Pour les mêmes raisons, nous voulons aussi éviter que la contrainte du coût ne soit un obstacle.  Nous resterons toujours attentif et ouvert à la discussion avec des participants potentiels pour lesquels le prix serait un frein.

 

En ce sens, OUKIOK est, fondamentalement, une organisation sans but lucratif.

 

En bout de course, les prix resteront, de fait, sensiblement inférieurs aux prix pratiqués dans des structures commerciales, mais l'objectif n'est pas là, un moindre prix c'est d'encore un argument commercial. Il ne s'agit pas du même service pour un moindre prix, mais bien d'un autre projet. Celui qui viendrait pour cette raison là d'abord raterait sa cible.

 

 

 


Le voyage participatif ...


 

Pour garantir une relation non commerciale, il faut éviter, d'une part, que l’accompagnateur ne se place dans la posture de celui qui organise tout pour les autres et, d’autre art, éviter que les participants ne soient renforcés dans une posture de clients consommateur d'un produit précuit.

 

Cela nous amène d'une part à être dans une structure associative et non lucrative dont tout participant doit se faire membre avant de s'inscrire à une rando. Cela nous amène aussi à impliquer les participants très en amont dans la préparation de la rando : recherche de son matériel, choix de la nourriture, préparation des repas, la constitution des équipes, apprentissage des techniques et comportements, etc. 

 

De même, les participants et l'accompagnateur se rencontrent en principe toujours avant un départ et de préférence avant l'inscription. Ce n'est pas le paiement qui défini  l'inscription mais le fait que  l'accompagnateur et le participant soient mutuellement convaincus que les attentes correspondent réellement à ce qui est proposé.

 

Le principal inconvénient de ce choix de voyage « participatif » est l’investissement en temps préalable au départ qui n’est guère finançable comme tel puisque cette même démarche induit au contraire une réduction des marges. C'est là une implication en temps et en énergie non négligeable pour l'accompagnateur, mais cela nous semble essentiel.

 

Cette implication des participants n'enlève pas pour autant la posture de l'accompagnateur. Et ce d’autant plus si la rando est engagée et implique des choix et décisions qui ne peuvent être laissés au hasard. Le but restant de transmettre et partager un savoir.

 

L'objectif premier d'OUKIOK n'est certainement pas de servir ceux qui ont l'expertise et les capacités d'organiser les randos prévues, mais bien de permettre à ceux qui ne l'ont pas de les acquérir à travers une implication dans la préparation de leur rando.